Menu Fermer

La cinématographie à Odesa : histoire et modernité

Traditionnellement, on considère que l’histoire de la cinématographie a commencé le 28 décembre 1895 à Paris, lorsque les frères Lumière ont organisé la première projection publique de cinéma. Pourtant, Odesa a toutes les raisons d’être fière de sa propre place dans l’histoire du cinéma mondial. Dès le 7 novembre 1893, soit près de deux ans avant la célèbre projection parisienne, on y présenta des « images animées » : les films Le Cavalier au galop et Le Lanceur de javelot. L’appareil qui allait ensuite servir de base au projecteur cinématographique fut conçu par Yossyp Tymtchenko, mécanicien de l’Université de Novorossiïsk (aujourd’hui l’Université d’Odesa).
Au début du XXᵉ siècle, Odesa devint l’un des principaux centres du développement de la production cinématographique. En 1907, les premiers films commencèrent à être tournés dans l’atelier cinématographique « Myrohraf », fondé par Myron Grossman, natif d’Odesa. Cet atelier se transforma ensuite en une véritable usine cinématographique. En 1916, l’entrepreneur Dmytro Kharytonov fit construire, au 33 du boulevard Français, un vaste pavillon de verre qui devint un important centre de tournage. C’est là que furent réalisés plusieurs films célèbres, dont le classique de Petro Tchardynine Tais-toi, tristesse, tais-toi, avec la légendaire vedette du cinéma muet Vіra Kholodna.
En 1918, Odesa vit paraître la revue spécialisée Ekran, consacrée à la cinématographie. La ville devint alors l’un des premiers centres européens du développement de la cinématographie et de la production cinématographique. À la fin de l’année 1918, selon les historiens du cinéma, plus de 300 films y avaient déjà été réalisés. Parmi eux figuraient des œuvres de fiction, des documentaires, des actualités filmées et d’autres productions qui firent d’Odesa l’un des principaux centres cinématographiques de son époque.
Le 23 mai 1919, le Comité exécutif du gouvernement provincial d’Odesa décida de nationaliser l’ensemble du matériel cinématographique et photographique présent dans la ville et de le transférer à la « Section du cinéma » du département politique de la 41ᵉ division de l’Armée rouge. Dès lors, la cinématographie fut largement utilisée comme instrument d’agitation, de propagande et d’éducation sanitaire. L’un des premiers films de cette nouvelle période fut La Gonorrhée, consacré à la prévention des maladies sexuellement transmissibles. Bien que la production de films de fiction se poursuivît et que des œuvres narratives, telles que Les Araignées et les Mouches, continuassent à sortir sur les écrans, la majeure partie de la production cinématographique de cette époque revêtait un caractère ouvertement propagandiste.
En 1922, la « Section du cinéma » fut réorganisée pour devenir l’Usine cinématographique d’Odesa de la Direction panukrainienne de la photographie et du cinéma. Celle-ci s’imposa rapidement comme l’un des principaux centres de la production cinématographique ukrainienne. C’est là que le grand metteur en scène Les Kourbas débuta sa carrière au cinéma avec le film L’Allumette suédoise. Dans son œuvre suivante, Macdonalds, apparurent à l’écran les éminents acteurs du théâtre ukrainien Ambrossy Boutchma et Vasyl Vasylko. Dans le film Ostap Bandoura, réalisé par Volodymyr Hardine, les spectateurs découvrirent la légendaire Maria Zankovetska, tandis que Deux Jours et Le Cocher de nuit, avec Ambrossy Boutchma dans les rôles principaux, entrèrent dans le fonds d’or de la cinématographie ukrainienne et sont aujourd’hui considérés comme des classiques. Un monument dédié au grand acteur ukrainien Ambrossy Boutchma a été érigé sur le territoire du Studio cinématographique d’Odesa en hommage à l’une des figures les plus marquantes du cinéma ukrainien.
Au fil des années, des dizaines de personnalités éminentes de la culture furent liées au Studio cinématographique d’Odesa. Aux génériques des films figurent notamment les noms de Iouri Ianovsky, Ivan Kavaleridze, Natalia Oujviy, Iouri Choumsky, Dmytro Kapka, Hnat Ioura, Stepan Chkourat, Isaac Babel, Vsevolod Poudovkine, Iouri Olecha, Lev Nikouline, Mykola Erdman, Mykola Bajan, Heorhi Tassine, Anatoli Mariïengof et de nombreux autres artistes. C’est pourquoi Odesa n’est pas seulement le lieu de tournage de plusieurs films légendaires, mais aussi l’un des principaux foyers de la naissance et du développement de la cinématographie ukrainienne.
L’œuvre de Sergueï Eisenstein occupe également une place particulière dans l’histoire du cinéma mondial. Il arriva à Odesa afin de porter à l’écran Benia Krik, d’après un scénario d’Isaac Babel. Pendant son temps libre, il envisageait de tourner un court épisode consacré à la mutinerie des marins à bord d’un cuirassé, destiné à son futur film 1905. C’est pourtant cette idée qui donna naissance au célèbre Le Cuirassé Potemkine, devenu l’un des chefs-d’œuvre les plus importants de l’histoire du cinéma mondial. Quant à Benia Krik, il fut finalement réalisé plus tard par le metteur en scène Volodymyr Vilner, qui confia le rôle principal à Iouri Choumsky. Après le succès international du Cuirassé Potemkine, un critique de cinéma allemand, profondément impressionné par la scène des escaliers et du landau, donna aux célèbres escaliers d’Odesa le nom d’« escaliers Potemkine ». C’est ainsi que cette appellation s’imposa pour ce monument architectural, aujourd’hui connu dans le monde entier et devenu l’un des symboles d’Odesa.
L’apparition du cinéma parlant était souvent accompagnée d’une plaisanterie parmi les cinéastes : on disait que le cinéma avait d’abord été « le grand muet » et qu’avec l’arrivée du son, il avait cessé d’être « grand ». Cette remarque ne s’applique cependant guère au Studio cinématographique d’Odesa. Dès 1931, le film historique Karmeliouk, réalisé par Ivan Kavaleridze, bien qu’accompagné uniquement d’une bande musicale, marqua une étape importante dans le développement du cinéma ukrainien. Puis, en 1933, les personnages de son film Koliïvchtchyna parlèrent pour la première fois de leurs propres voix, témoignant de la réussite de la transition du studio vers l’ère du cinéma sonore et consacrant Ivan Kavaleridze comme l’un des plus grands réalisateurs ukrainiens.
Au cours de la décennie précédant la Seconde Guerre mondiale, 65 longs métrages furent réalisés à Odesa. Parmi les œuvres les plus célèbres de cette période figurent Nazar Stodolia de Heorhi Tassine, Les Marins de Volodymyr Braun et Le Pétrolier « Derbent » d’Alexandre Faintsimmer. Aujourd’hui encore, ces films suscitent un vif intérêt auprès des historiens du cinéma et des passionnés du patrimoine cinématographique ukrainien.
Le début de la Seconde Guerre mondiale modifia profondément l’activité du Studio cinématographique d’Odesa. En raison des opérations militaires, la production cinématographique fut évacuée et les trois films dont la sortie était prévue en 1941 furent achevés non plus à Odesa, mais dans les studios de Tachkent et d’Alma-Ata. Cet événement marqua le début d’une nouvelle étape dans l’histoire de la cinématographie ukrainienne, qui poursuivit son développement dans les conditions de la guerre. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux employés du Studio cinématographique d’Odesa s’engagèrent volontairement sur le front. Malheureusement, beaucoup d’entre eux ne revinrent jamais chez eux. Parmi les victimes figurait également le directeur du studio, Dmytro Poznansky, qui donna sa vie en défendant sa patrie.
Les acteurs et les réalisateurs ne furent pas les seuls à contribuer à la victoire. Le maquilleur Vladimir Talala accomplit, durant la guerre, une mission particulière : travaillant sur le front, il transformait avec une remarquable maîtrise l’apparence des agents de renseignement soviétiques, leur permettant d’accomplir leurs missions sans risquer d’être démasqués par l’ennemi.
Le vétéran du département du son du studio, Yakiv Segal, joua lui aussi un rôle essentiel dans la préservation du patrimoine cinématographique. En collaborant avec le réalisateur Leonid Loukov sur les films Deux Combattants et Alexandre Parkhomenko, il réussit à conserver dans ses archives personnelles l’unique copie existant en Ukraine du légendaire film Benia Krik. Grâce à lui, cette œuvre inestimable de la cinématographie d’Odesa a été sauvée pour les générations futures.
Le 10 avril 1944, Odesa fut libérée de l’occupation nazie. Avec la renaissance de la ville commença également la restauration des activités du Studio cinématographique d’Odesa. Toutefois, le retour à une vie paisible ne fut pas simple. Sur décision des autorités de l’Union soviétique, le studio fut réorienté principalement vers la mise à disposition de moyens techniques et d’infrastructures de production au profit des cinéastes venus d’autres villes.
Le Studio cinématographique d’Odesa possédait des atouts uniques que ne réunissaient pas la plupart des studios de l’époque. Son climat doux, la diversité de ses paysages naturels et ses infrastructures techniques développées permettaient de réaliser les décors cinématographiques les plus complexes. Son bassin de tournage spécialement aménagé constituait un équipement particulièrement précieux : il permettait de reconstituer de vastes batailles navales, des inondations de villes et même des tempêtes de sable dans le désert. C’est pourquoi, durant les années d’après-guerre, de nombreux films furent tournés à Odesa avant de sortir sous le nom d’autres studios cinématographiques. Au générique de ces œuvres figuraient souvent Moscou ou Léningrad, alors qu’une grande partie du tournage avait en réalité été réalisée au Studio cinématographique d’Odesa, qui demeurait l’un des principaux centres de la production cinématographique.
Au milieu des années 1950, le Studio cinématographique d’Odesa connut une véritable renaissance créative. Il retrouva son identité propre et, avec elle, la possibilité de réaliser des projets artistiques d’envergure. Dans le contexte des transformations sociales qui traversaient le pays, les films produits à Odesa furent parmi les premiers à refléter les nouvelles sensibilités et les nouvelles recherches esthétiques. Sous le nom de « Studio cinématographique d’Odesa », sortirent les films Le Chasseur marin et Le Caniche blanc, qui marquèrent le début d’une nouvelle étape dans l’histoire du studio. Ce n’est pas un hasard si cette période est souvent qualifiée de renaissance du « Hollywood de la mer Noire ».
L’un des événements les plus marquants fut la sortie du film Le Printemps dans la rue Zaretchnaïa, qui devint une véritable sensation non seulement dans le monde du cinéma, mais aussi dans l’ensemble de la société. Ce film révéla au grand public les talents de Marlen Khoutsiev, Felix Mironer, Petro Todorovsky et Radomir Vassilevsky, tout en ouvrant une nouvelle page dans l’histoire du cinéma ukrainien et mondial.
Au cours des années suivantes, le Studio cinématographique d’Odesa offrit au public toute une série de films devenus populaires, parmi lesquels Le Récit du premier amour, Les Deux Fiodor, La Fourgonnette verte, La Soif, Jamais, Revenez demain et Le Premier Trolleybus. Chacun de ces films constitua un événement majeur de son époque et, ensemble, ils contribuèrent à faire du Studio cinématographique d’Odesa l’un des principaux centres de l’art cinématographique.
En 1964, Hennadi Zbandout fut nommé rédacteur en chef du Studio cinématographique d’Odesa avant d’en devenir rapidement le directeur. Les deux décennies suivantes, sous sa direction, constituèrent un véritable « âge d’or » pour le studio. Grâce à son talent exceptionnel pour découvrir et soutenir de jeunes créateurs, Zbandout pourrait aujourd’hui être considéré comme l’un des producteurs de cinéma ukrainiens les plus remarquables. Il savait reconnaître le potentiel artistique et ouvrait les portes du studio à celles et ceux qui allaient devenir par la suite des classiques du cinéma.
C’est précisément durant cette période que firent leurs premiers pas importants dans le cinéma, ou travaillèrent activement au Studio cinématographique d’Odesa, Heorhi Youngvald-Khilkevitch, Stanislav Govoroukhine, Vadym Kostromenko, Vadym Lyssenko, Igor Apassian, Oleksandr Hrychyne, Hennadi Hlaholiev, Oleksandr Pavlovsky, Vilen Novak, Yaroslav Loupiï, Iouri Solomine, Vsevolod Chilovsky, Kira Mouratova, Silva Serhiïtchykova, Oleksandr Polynnikov, Hennadi Kariouk, Leonid Bourlaka, Viktor Kroutine et bien d’autres encore. Ce n’est pas sans raison que le Studio cinématographique d’Odesa était considéré comme une véritable pépinière de premiers films, car c’est là que commencèrent les parcours artistiques de nombreuses futures grandes figures du cinéma.
Les plateaux de tournage d’Odesa attiraient également les plus grands acteurs de leur époque. Parmi eux figuraient Kostiantyn Stepankov, Bohdan Stoupka, Ivan Mykolaïtchouk, Vladimir Bassov, Innokenti Smoktounovski, Armen Djigarkhanian, Ivars Kalniņš, Evgueni Evstigneïev, Oleg Dal, Vladimir Vyssotski, Alexandre Chirvindt, Viatcheslav Tikhonov, Rostislav Iankovski, Alissa Freindlich, Natalia Goundareva, Marina Neïolova, Larissa Oudovitchenko et bien d’autres encore.
Les films du Studio cinématographique d’Odesa remportaient une large reconnaissance, non seulement auprès du public, mais également dans les plus prestigieux festivals internationaux de cinéma. Le film Fidélité de Petro Todorovsky fut récompensé à la Mostra internationale de Venise, tandis que son film Le Roman du front (Le Roman militaro-champêtre) fut ensuite nommé aux Oscars. Au Festival international du film d’Espagne, les films Les Aventures de Petrov et Vassetchkine et Les Vacances de Petrov et Vassetchkine, réalisés par Volodymyr Alenikov, reçurent plusieurs distinctions. Au Festival de Cannes, le film Le Froid Mars d’Igor Minaïev fut accueilli avec succès, tandis que, lors du festival Début, les œuvres À jamais dix-neuf ans de Mykhaïlo Katsu et L’Homme K de Serhi Rakhmanine furent récompensées. Kira Mouratova obtint la prestigieuse récompense internationale de l’Ours d’argent au Festival international du film de Berlin pour son film Le Syndrome asthénique.
Au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle, le Studio cinématographique d’Odesa devint l’un des principaux centres de production de téléfilms de fiction du pays. C’est ici que furent réalisés de nombreux films devenus des classiques, qui n’ont rien perdu de leur popularité jusqu’à aujourd’hui. Parmi eux figurent D’Artagnan et les Trois Mousquetaires, Le Tsigane, Le Lieu de la rencontre ne peut être changé, Les Photographies sur le mur et bien d’autres.
Une place particulière dans l’histoire de la cinématographie revient au film D’Artagnan et les Trois Mousquetaires, pour lequel le spécialiste des effets visuels Vsevolod Chlemov créa une spectaculaire séquence animée représentant un brigantin. Celle-ci devint la signature visuelle du film ainsi que l’un des symboles les plus reconnaissables du Studio cinématographique d’Odesa.
La reconnaissance ne revint pas seulement aux films eux-mêmes, mais également à leurs créateurs. Les auteurs du célèbre téléfilm Les Aventures d’Elektronik furent les premiers représentants du Studio cinématographique d’Odesa à recevoir le Prix d’État de l’URSS.
Grâce à la grande qualité artistique de ses productions, à leur immense popularité auprès du public ainsi qu’au nombre considérable de longs métrages et de téléfilms à succès, le Studio cinématographique d’Odesa s’imposa durablement parmi les trois meilleurs studios de cinéma de l’URSS, occupant la première place parmi les studios ukrainiens. C’est au cours de cette période qu’il s’affirma définitivement comme l’un des plus importants centres de production cinématographique d’Europe de l’Est.
Au milieu des années 1980, le Studio cinématographique d’Odesa traversait une période de profondes transformations. Après la destitution de son directeur, Hennadi Zbandout, en 1984, le studio, malgré les changements de direction, poursuivit son développement artistique. Peu après, Iouri Kovalenko revint à Odesa, où il avait autrefois commencé sa carrière dans la cinématographie.
Le Studio cinématographique d’Odesa fut le premier parmi les studios de cinéma de l’URSS à adopter un nouveau modèle économique de fonctionnement, abandonnant progressivement le financement intégral de l’État pour assurer la production de ses films grâce à ses propres activités. Parallèlement, le studio développa activement sa coopération internationale. En partenariat avec des entreprises allemandes fut créée la société mixte « Primodesa-Film », tandis qu’en collaboration avec des cinéastes polonais furent réalisés les célèbres comédies Déjà vu de Juliusz Machulski et Un million dans la corbeille de mariage de Vsevolod Chilovsky, qui remportèrent un important succès commercial.
Au cours de cette même période, le réalisateur colombien Héctor Sierra Ramírez fit ses débuts au Studio cinématographique d’Odesa en adaptant à l’écran la nouvelle d’Isaac Babel Le Péché de Jésus. Le scénario fut écrit par Hryhori Koltounov, natif d’Odesa et seul scénariste ukrainien de l’histoire à avoir reçu une distinction au Festival international du film de Cannes.
À l’automne 1988, Odesa accueillit le premier Festival international du film « Le Duc d’Or », qui devint l’un des événements culturels les plus marquants de son époque. Le festival réunit des personnalités de renommée mondiale telles que Marcello Mastroianni, Max Tessier, Klaus Eder et Ranjit Chakraborty, tandis que le jury était présidé par le célèbre réalisateur Eldar Riazanov. C’est également à cette époque que les Marchés internationaux du film d’Odesa commencèrent à se développer activement, contribuant à la promotion du cinéma ukrainien à l’étranger.
Parallèlement, le studio augmenta le volume de sa propre production cinématographique, tandis que la salle de projection accueillait régulièrement les rencontres créatives du ciné-club « Le Lieu de la rencontre ne peut être changé », réunissant acteurs, réalisateurs et passionnés du septième art.
Après l’indépendance de l’Ukraine, le Studio cinématographique d’Odesa traversa une période difficile de réformes. Une partie des cinéastes les plus expérimentés partit travailler à l’étranger, tandis que l’entreprise fut transformée en société par actions puis partiellement privatisée. Malgré toutes ces difficultés, le studio poursuivit ses activités et conserva sa place parmi les principaux symboles de la cinématographie ukrainienne.
En 2017, la société par actions « Studio cinématographique d’Odesa » connut un changement de direction. Andriy Ossipov en prit la tête et fit le choix de s’entourer de professionnels expérimentés afin de redonner vie au potentiel créatif du studio. Après une longue période de stagnation, les cinéastes eurent de nouveau la possibilité de réaliser de nouveaux projets, tandis que le studio relança activement sa propre production cinématographique.
Le studio recommença à produire des films, tant de manière indépendante qu’en partenariat avec d’autres sociétés de production ukrainiennes et internationales. La production couvrait désormais l’ensemble des formats cinématographiques, des courts métrages aux longs métrages de fiction, constituant une étape essentielle dans la renaissance de l’un des plus anciens centres cinématographiques d’Ukraine.
Au cours de cette période, le public découvrit les courts métrages Merci, Movie Up, Vira et La Petite Tomate, ainsi que les longs métrages Rouge, Le Traître, Taras. Le Retour, Rouge. Sans ligne de front, La Rivière de feu et Deux vérités. Au générique de ces films réapparut le célèbre emblème du Studio cinématographique d’Odesa — le brigantin, symbole emblématique du studio depuis de nombreuses décennies.
Les nouvelles productions du studio furent saluées à l’échelle internationale. Le film Pourquoi suis-je vivant ?, réalisé par le maître du cinéma ukrainien Vilen Novak, reçut de nombreuses récompenses dans des festivals internationaux organisés dans différents pays. Le film historique et d’aventure La Forteresse de Khadjibey connut lui aussi un important succès, attirant l’attention du grand public et des professionnels du cinéma, et obtenant plusieurs distinctions tant en Ukraine qu’à l’étranger.
Aujourd’hui, le Studio cinématographique d’Odesa poursuit son développement en associant plus d’un siècle de traditions du cinéma ukrainien aux approches contemporaines de la création cinématographique, tout en conservant son statut de l’un des principaux symboles de la cinématographie nationale.
Entre 2018 et 2024, les films produits par le Studio cinématographique d’Odesa remportèrent plus de cinquante récompenses dans des festivals nationaux et internationaux. Les collaborateurs du studio furent également honorés par des distinctions nationales et locales en reconnaissance de leur contribution majeure au développement du cinéma ukrainien.
L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Fédération de Russie en 2022 eut un impact considérable sur les activités du studio. Son fonctionnement fut adapté à un régime exceptionnel : la réalisation de la plupart des grands projets fut temporairement suspendue et une grande partie des collaborateurs poursuivit son travail à distance, en s’adaptant aux conditions de la guerre. Malgré ces circonstances extrêmement difficiles, le Studio cinématographique d’Odesa ne cessa pas son activité créative. En 2022 furent achevés le projet de fiction ukraino-bulgare Au bord de la rivière, ainsi que les documentaires Le Couturier militaire et Rire à nouveau, consacrés aux événements contemporains et aux femmes et aux hommes qui continuent de créer et de défendre la culture ukrainienne même en temps de guerre.
Aujourd’hui, le Studio cinématographique d’Odesa n’est pas seulement un lieu de création de films de fiction et de documentaires, mais également un centre culturel moderne qui associe un riche héritage historique à de nouveaux projets artistiques. Deux musées y sont ouverts au public : le Musée des expositions cinématographiques et le Musée des techniques cinématographiques, dont les collections s’enrichissent régulièrement de nouvelles pièces et d’espaces interactifs.
Le soutien aux jeunes cinéastes constitue également l’un des axes majeurs des activités du studio. En 2019, en partenariat avec le ministère de la Culture et de la Politique de l’information de l’Ukraine, fut créé le concours de courts métrages Kira Mouratova Brèves Rencontres. Son objectif est d’aider les jeunes réalisateurs, scénaristes et producteurs à concrétiser leurs premiers projets créatifs et à bénéficier d’un accompagnement professionnel. En août 2023 eut lieu la première de l’almanach réunissant les films lauréats de la première édition du concours, puis, à l’occasion du 90ᵉ anniversaire de la naissance de Kira Mouratova, un deuxième almanach fut présenté au public.
Le Studio cinématographique d’Odesa développe également une importante activité culturelle et éducative. Des expositions immersives y sont régulièrement organisées, les collections des musées sont continuellement renouvelées et des programmes pédagogiques sont proposés dans le cadre du KinoHub, devenu un lieu de rencontre apprécié des cinéastes, des étudiants et des passionnés de cinéma.
Le studio a également participé à la création du festival national du cinéma Le Cinéma pour la Victoire, organisé avec le soutien de l’Agence nationale ukrainienne du cinéma et du Bureau du Président de l’Ukraine. Parmi les projets contemporains les plus ambitieux figure le long métrage Le Réalisateur, consacré à la vie et à l’œuvre du grand classique du cinéma ukrainien Oleksandr Dovjenko.
En 2026, le Studio cinématographique d’Odesa poursuit le développement de nouveaux projets cinématographiques, muséaux et éducatifs, confirmant ainsi son statut de l’un des plus anciens et des plus importants centres du cinéma ukrainien. Depuis le 12 juin 2025, les fonctions de directrice par intérim sont assurées par Hanna Vassylivna Docheva, qui poursuit la politique de développement du studio tout en veillant à préserver ses traditions créatives.

D’après les informations publiées sur le site officiel https://www.odesafilmstudio.com.ua/uk

Le Festival international du film d’Odesa (OIFF) est un festival de cinéma annuel organisé dans la ville ukrainienne d’Odesa, au milieu du mois de juillet. Sa première édition s’est tenue en 2010.
Au cours de ses deux premières éditions, le festival se présentait comme un événement destiné aux spectateurs dotés d’un sens particulier de l’humour. Il a ensuite élargi son orientation en se définissant comme un festival de l’« art mainstream », proposant des films de haute qualité artistique destinés à un large public. Depuis 2016, la compétition comprend trois sections à part entière : la Compétition internationale, la Compétition nationale ukrainienne (qui réunit des longs métrages et des courts métrages produits en Ukraine ou coproduits avec l’Ukraine) ainsi que la Compétition européenne du film documentaire.
La première édition du Festival international du film d’Odesa s’est déroulée du 16 au 24 juillet 2010. La compétition comprenait 16 longs métrages et, au total, plus de 100 films furent présentés dans le cadre des programmes compétitifs et hors compétition. Durant les deux premières éditions, le principal lieu du festival — le Centre du Festival, où se tenaient les projections en compétition et les principaux événements — était le cinéma « Odesa-Kino Rodina ». À partir de la troisième édition, en 2012, le principal lieu du festival devint le Palais du Festival, la salle de 1 260 places du Théâtre de la Comédie musicale d’Odesa. Le cinéma « Odesa-Kino Rodina » demeura le Centre du Festival, accueillant les projections de la Compétition nationale ukrainienne, les programmes hors compétition, les rétrospectives ainsi que les master classes. Les cérémonies d’ouverture et de clôture, ainsi que le traditionnel tapis rouge, se déroulent au Théâtre national académique d’opéra et de ballet d’Odesa.
Les projections du festival se répartissent sur trois principaux sites : le Palais du Festival, le Centre du Festival au cinéma « Odesa-Kino Rodina » et le Théâtre Vert. Depuis 2019, le cinéma Multiplex s’est également joint aux lieux officiels du festival.
La principale récompense du festival est la statuette du « Duc d’Or », une version modernisée du prix du même nom créé par le sculpteur odessite Mykhaïlo Reva pour le festival « Le Duc d’Or », organisé à Odesa en 1988. Au cours des deux premières éditions, cette récompense était attribuée sur décision du jury. Depuis 2012, le Grand Prix du Festival international du film d’Odesa est décerné à l’issue du vote du public.
Le festival dispose d’un Jury international chargé d’évaluer la Compétition internationale et d’attribuer les prix du Meilleur long métrage, de la Meilleure réalisation et de la Meilleure interprétation. Depuis 2012, le festival comprend également une Compétition nationale ukrainienne, dans laquelle le prix du meilleur film ukrainien est décerné par le Jury de la compétition nationale. Depuis 2016, le Jury de la Compétition européenne du film documentaire récompense le meilleur documentaire.
La première édition du festival a accueilli plus de 40 000 spectateurs. L’année suivante, en 2011, les projections ont attiré plus de 70 000 visiteurs. Lors de la troisième édition, en 2012, près de 100 000 spectateurs ont assisté aux projections ; environ 4 500 invités et 700 représentants des médias ont été accrédités ; les retransmissions télévisées des cérémonies d’ouverture et de clôture ont réuni près de trois millions de téléspectateurs, tandis que la programmation présentait 85 films provenant de 40 pays.
Le festival développe également un projet spécial particulièrement dynamique : l’École de cinéma, qui propose une série de master classes animées par les invités prestigieux du festival à destination des étudiants en cinéma et des cinéphiles. Dès la deuxième édition, un nouveau volet éducatif vit le jour : « L’Atelier de scénarisation de l’InterSchool », composé de séminaires réservés à un nombre limité de scénaristes sélectionnés à l’issue d’un concours de scénarios. Lors de la troisième édition, en 2012, l’École des critiques de cinéma fut également créée dans le cadre de l’École de cinéma.
Par la suite, le Festival international du film d’Odesa développa de nouveaux programmes destinés aux professionnels du secteur sous l’égide du Film Industry Office, notamment les Marchés du film d’été et d’hiver, les sessions de pitch destinées aux projets achevés ainsi qu’aux projets en développement (Work in Progress), de même que les projets de séries télévisées (EastSeries).
En 2011, lors de sa journée de clôture, le Festival international du film d’Odesa reçut une distinction de la part de la prestigieuse Hollywood Foreign Press Association (HFPA), qui décerne les Golden Globes. Cette récompense honorifique fut remise au festival par Gabriel Lerman, membre de la HFPA.
La quatrième édition du Festival international du film d’Odesa se déroula du 12 au 20 juillet 2013. Parmi les nouveautés figurait la création d’un nouveau prix récompensant le meilleur court métrage ukrainien. Cette quatrième édition proposa également une rétrospective consacrée aux films de Sergueï Paradjanov.
Depuis 2016, le festival dispose d’une vidéothèque permettant de visionner les films des différentes compétitions. Le « Duc d’Or » pour l’ensemble de la carrière est également décerné aux grandes figures du cinéma. En 2017, cette distinction fut attribuée à l’actrice Isabelle Huppert et à la réalisatrice Agnieszka Holland ; en 2018, elle récompensa les actrices Ada Rohovtseva et Jacqueline Bisset. Lors de la dixième édition du festival, les lauréats furent le réalisateur britannique Mike Leigh ainsi que la légende du cinéma français Catherine Deneuve, invitée d’honneur de cette édition anniversaire. À cette occasion, deux statuettes honorifiques furent également remises au Studio cinématographique d’Odesa à l’occasion de son centenaire.
Lors de la huitième édition du festival, la section Film Industry Office proposa, en plus des traditionnelles sessions de pitch pour les longs métrages et des présentations de films en cours de production (Work in Progress), le concours de projets de séries Odesa IFF ScripTeast Series Projects, ainsi que l’Actor’s Workshop.
En 2023, en raison de l’invasion russe de l’Ukraine, le festival s’est tenu dans la ville de Tchernivtsi.
La quinzième édition du Festival international du film d’Odesa a débuté à Kyiv le 12 juillet 2024. La cérémonie d’ouverture s’est déroulée au Centre d’expositions et de congrès « Parkovyï ». Les projections ont eu lieu du 12 au 20 juillet.
La dix-septième édition du Festival international du film d’Odesa (OIFF) se déroulera du 27 août au 4 septembre 2026 à Kyiv, le festival changeant de lieu pour la troisième fois consécutive en raison de la situation sécuritaire. L’édition précédente, la seizième, s’est tenue du 24 septembre au 4 octobre 2025 ; elle a enregistré plus de 43 000 entrées aux projections et présenté 113 films.
La production cinématographique ne repose pas uniquement sur l’inspiration artistique ; elle exige également une organisation complexe et un important travail de coordination. Consciente de cette réalité, la ville a officiellement créé, en février 2019, Odesa Film Office (la Commission du film d’Odesa). Cette initiative ne doit rien au hasard : l’équipe de spécialistes qui compose aujourd’hui cette structure accompagne les équipes de tournage dans la région depuis 2013.
La mission principale de cette organisation est de faire d’Odesa un lieu de tournage confortable, polyvalent et ouvert à la création de contenus audiovisuels de tous genres. La Commission du film joue le rôle d’un guichet unique et de médiateur entre les créateurs de films et les autorités municipales. Elle accompagne les équipes tout au long du processus, depuis l’idée initiale et le scénario jusqu’à la sortie du film en salle ou à sa participation aux grands festivals internationaux.
L’activité quotidienne du bureau repose sur la résolution des défis concrets auxquels sont confrontés les producteurs. Les spécialistes d’Odesa Film Office facilitent l’obtention rapide des autorisations officielles nécessaires au tournage sur des sites appartenant à la municipalité ou à l’État. Lorsqu’un réalisateur doit interrompre la circulation, installer du matériel sur des ponts, dans des rues historiques, des parcs, des réserves naturelles ou sur le littoral de la mer Noire, c’est la Commission du film qui mène les négociations avec les administrations compétentes et les propriétaires privés.
L’un des principaux atouts de cette organisation est sa remarquable base de données de lieux de tournage. Les équipes d’Odesa Film Office ont recensé, classé et numérisé plus de 2 000 sites emblématiques de la ville et de ses environs. Ce catalogue comprend les somptueux palais du centre historique, le charme si particulier des anciennes cours d’Odesa, des paysages urbains contemporains, des espaces industriels, des jardins et des parcs, ainsi que des infrastructures de transport complexes et des sites situés en bord de mer. Grâce à cette base de données photographique et panoramique parfaitement structurée, les repéreurs ukrainiens et étrangers peuvent sélectionner à distance les décors de futurs films, publicités ou clips musicaux. En développant continuellement cette infrastructure, Odesa Film Office contribue à maintenir Odesa parmi les principaux pôles actifs de la cinématographie ukrainienne.

*Pourquoi le nom de la ville « Odesa » s’écrit avec un seul « s »?
Nous écrivons le nom de la ville sous la forme « Odesa » avec un seul « s » afin de respecter l’orthographe ukrainienne et la dénomination originale. Les formes internationales traditionnelles comportant un double « s » peuvent encore être utilisées, mais la forme ukrainienne correcte ne comporte qu’un seul « s ».