La place de la Bourse (jusqu’en 2024 – la place de la Douma)


La plus petite et la plus élégante place d’Odesa est toujours animée par des événements marquants. C’est ici que les habitants se réunissent pour célébrer le Nouvel An, inaugurer solennellement l’Humoryna ou participer à des rassemblements, puisque c’est sur cette place que siègent les députés du Conseil municipal et que se trouve l’Hôtel de Ville.
Au cours de son histoire, la place porta successivement les noms de place de la Bourse, place de la Douma, place de la Commune, de nouveau place de la Douma, avant de retrouver en 2024 son appellation historique de place de la Bourse. En effet, l’actuel bâtiment du Conseil municipal d’Odesa fut construit en 1834 pour accueillir la Bourse des marchands. L’architecte Franz Boffo le conçut dans un style antique, sous la forme d’un « P » allongé : les deux ailes du bâtiment étaient reliées par une double colonnade, derrière laquelle se trouvait une cour intérieure. Au fil des transformations ultérieures, cette cour fut convertie en vestibule et seule la rangée extérieure de colonnes fut conservée.
Au-dessus de la colonnade se trouvent une horloge ainsi que le groupe sculpté intitulé « Le Jour et la Nuit ». Les deux figures féminines symbolisent le passage inexorable du temps. L’horloge joue la mélodie de l’hymne officiel de la ville, la « Chanson d’Odesa » tirée de l’opérette L’Acacia blanc d’Isaak Dounaïevski. Toutes les demi-heures, on peut entendre un court extrait, tandis que chaque heure résonne un couplet entier : « Et dans mon cœur, tu es partout avec moi, Odesa, ma ville natale ! ».
Dans les niches situées de part et d’autre de l’entrée du bâtiment se dressent les statues de Cérès, déesse de la fertilité, et de Mercure, protecteur du commerce, réalisées par le sculpteur Luigi Iorini. On remarque souvent avec ironie que le dieu du commerce orne aujourd’hui le bâtiment où siège le pouvoir municipal. La Douma municipale s’y installa à la fin du XIXᵉ siècle, lorsque les négociants déménagèrent dans la Nouvelle Bourse, construite à l’angle de la rue Nina Strokata (jusqu’en 2024 – rue Bounine) et de la rue Italienne (jusqu’en 2024 – rue Pouchkine). Aujourd’hui cependant, ce bâtiment n’abrite plus une bourse, mais la Philharmonie.
À proximité de la place de la Bourse commence la rue Italienne (jusqu’en 2024 – rue Pouchkine), et, en face de l’Hôtel de Ville, se dresse le buste d’Alexandre Pouchkine. Le monument fut inauguré solennellement en 1889. Le poète vécut treize mois à Odesa. Aujourd’hui, la communauté locale débat de son éventuel déplacement, le considérant comme un symbole du passé impérial et de l’État agresseur qu’est la russie.
Une autre curiosité de la place est le canon tourné vers la mer. Fait étonnant, il tira autrefois sur la ville. En 1854, pendant la guerre de Crimée, alors que l’Empire russe y prenait part, Odesa fut bombardée par une escadre franco-britannique. Les boulets sifflaient au-dessus de tout le centre-ville, atteignirent le palais Vorontsov et l’un d’eux frappa même le monument au duc de Richelieu — lui aussi Français. Ce boulet est toujours visible dans le piédestal du monument, où il a été conservé en souvenir de ces événements. Les habitants d’Odesa réussirent à repousser l’attaque. L’une des frégates britanniques, le Tiger, s’échoua près d’Arcadia avant d’être coulée. Le canon pris sur le Tiger ne fut installé sur la place de la Bourse qu’un demi-siècle plus tard. Récemment restauré, il a de nouveau tiré… mais cette fois avec des effets pyrotechniques plutôt qu’avec des boulets. Autrefois, Odesa possédait un autre canon de prise, utilisé pour annoncer midi ; il n’était toutefois pas anglais, mais ottoman, et se trouvait près du monument au duc de Richelieu.
Sous le pouvoir soviétique, à partir de 1920, la place de la Bourse fut rebaptisée place de la Commune, tandis que le bâtiment accueillait le Conseil des députés des travailleurs. Ces dernières années, la place a accueilli une école de danse en plein air ouverte à tous, des projections de films organisées dans le cadre de festivals internationaux ainsi que des manifestations consacrées aux questions d’actualité de la ville. Elle continue aujourd’hui à jouer un rôle social majeur, même si, en y arrivant, c’est avant tout son harmonie architecturale qui frappe le regard.
L’ensemble architectural de la place et des bâtiments du boulevard constitue l’un des plus beaux panoramas d’Odesa. L’émotion est encore plus forte lorsque retentit à nouveau la mélodie : « Odesa, ma ville natale… ».




La place de l’Europe (jusqu’en 2024 – la place Catherine)






L’actuelle place de l’Europe (jusqu’en 2024 – la place Catherine) a changé plusieurs fois de forme et a porté sept noms différents au cours de son histoire. Selon les époques et les circonstances politiques, elle fut successivement appelée place Catherine, place Élisabeth, puis place du Duc, place Karl Marx, place Adolf Hitler durant l’occupation, de nouveau place Karl Marx, ensuite place Catherine, avant de devenir, en 2024, la place de l’Europe.
Conformément au plan initial de la ville, élaboré par le lieutenant-colonel François de Volan, la place avait une forme circulaire et fut nommée place Catherine, car l’église militaire Sainte-Catherine, dédiée à la sainte patronne de l’impératrice, y fut fondée lors de la création de la ville. Après la mort de l’impératrice, en novembre 1796, Paul Ier suspendit la construction de cette église ainsi que celle de toute la ville d’Odesa. En 1821, l’église, restée inachevée, fut démolie. Un jardin public fut ensuite aménagé au centre de la place où, en 1873, après la mise en service de l’aqueduc du Dniestr, fut installée la première fontaine de la ville. Plus tard, cette fontaine fut transférée à son emplacement définitif dans le Jardin municipal.
L’urbanisation régulière de la place Catherine, accompagnée de la reconstruction de son périmètre et de l’élévation progressive des immeubles, commença au cours de la troisième décennie du XIXᵉ siècle. Avec la construction des parcelles périphériques, la place passa d’une forme circulaire à une forme triangulaire.
Le 23 septembre 1891, le Conseil municipal d’Odesa adopta une décision visant à ériger un monument en l’honneur du centenaire de la fondation de la ville. À l’approche de ce jubilé, un concours fut organisé afin de sélectionner le meilleur projet, remporté par l’architecte I. M. Dmytrenko. Le 24 août 1892, l’administration municipale reçut l’autorisation officielle de réaliser ce projet.
Le monument aux « fondateurs » d’Odesa fut inauguré à deux reprises. La première inauguration eut lieu le 6 mai 1900. Après la révolution, il fut recouvert d’un baldaquin. Toutefois, durant les années troublées de 1918-1919, lorsque le pouvoir changeait fréquemment à Odesa et que les troupes de plusieurs pays entraient dans la ville, les autorités autrichiennes procédèrent à une nouvelle inauguration du monument.Le monument aux fondateurs d’Odesa fut inauguré à deux reprises. La première inauguration eut lieu le 6 mai 1900. Après la révolution, il fut recouvert d’un baldaquin. Toutefois, durant les années troublées de 1918-1919, lorsque le pouvoir changeait fréquemment à Odesa et que les troupes de plusieurs pays entraient dans la ville, les autorités autrichiennes procédèrent à une nouvelle inauguration du monument.
En 1917, le Conseil municipal reçut l’ordre suivant : « Retirer immédiatement du piédestal le monument à Catherine. La question de sa conservation ou de sa destruction sera transmise à la commission artistique de Petrograd présidée par le camarade Gorki ». Grâce à l’intervention de Maxime Gorki et d’Alexandre Benois, qui soulignèrent la grande valeur artistique du monument, les fragments de celui-ci furent transférés au musée archéologique, puis au musée d’histoire et d’ethnographie.
Le 30 avril 1920, après l’établissement définitif du pouvoir soviétique dans la ville, la place Catherine et la rue Catherine reçurent officiellement le nom de Karl Marx. Pendant près de vingt ans, le piédestal de l’ancien monument servit à accueillir une statue de Karl Marx. Le 7 février 1921 fut inauguré un premier monument à Karl Marx, constitué uniquement d’une tête en béton peinte pour imiter le granit rose.
Quelque temps plus tard, le comité provincial inaugura solennellement un nouveau monument à Karl Marx, cette fois représenté en pied. Selon la version officielle, une tempête fit tomber cette statue réalisée dans des matériaux peu résistants. Les témoins de l’époque racontent qu’il ne resta sur place que les jambes du « fondateur du marxisme ». La base circulaire du monument demeura ensuite pendant de longues années dans la zone portuaire, tandis que la colonne et les deux versions de la statue furent réutilisées pour le monument à Vladimir Lénine.
Le 27 juin 1965, à l’occasion du soixantième anniversaire du début de la mutinerie du cuirassé Potemkine, un monument dédié aux marins du Potemkine fut inauguré sur la place en présence d’un groupe de vétérans de cette révolte. Les auteurs du monument étaient des artistes moscovites : le sculpteur V. A. Bogdanov et les architectes M. M. Volkov et I. S. Lapine.
En juillet 2007, le Conseil municipal d’Odesa adopta une décision prévoyant la restauration du monument disparu aux « fondateurs » d’Odesa, en utilisant autant que possible les éléments authentiques conservés depuis 1920 dans les collections du musée d’histoire et d’ethnographie d’Odesa. Cette décision prévoyait également la création d’une commission composée de dix-huit spécialistes de différentes disciplines, chargée de contrôler la conformité du monument restauré avec l’original.
À la demande du maître d’ouvrage, le député du Conseil municipal d’Odesa R. S. Tarpan, il fut décidé d’attribuer la réalisation de la partie sculptée du monument à l’issue d’un appel d’offres. En réalité, la statue de l’impératrice dut être entièrement remodelée, car seule la tête originale avait été conservée. Celle-ci était coulée dans un alliage de bronze utilisé plus d’un siècle auparavant ; il était donc impossible d’obtenir une parfaite correspondance de couleur et de patine entre la tête d’origine et la nouvelle sculpture. La réalisation des éléments en bronze fut finalement confiée à un atelier artistique et industriel de Kyiv dirigé par Valeriy Stepanovytch Cheveliouk.
En 2022, après le début de l’agression militaire de la russie contre l’Ukraine, le sort du monument « Aux fondateurs d’Odesa » fut soumis à un vote électronique des habitants de la ville, qui prit fin le 20 octobre. La majorité des votants — 3 914 personnes — se prononça en faveur du démantèlement complet du monument. Dans la nuit du 28 au 29 décembre, la statue de Catherine II fut démontée. Le démontage du monument, dont le nom officiel était « Aux fondateurs d’Odesa », commença vers 23 heures et dura près de trois heures. Les statues des favoris de l’impératrice furent retirées en premier et transportées par grue jusqu’à un camion, avant que la statue de Catherine II ne soit déposée à son tour. Après leur démontage sur la place Catherine, toutes les sculptures furent transférées au Musée des Beaux-Arts d’Odesa, où elles sont conservées conformément à la décision du comité exécutif du Conseil municipal d’Odesa du 30 novembre 2022.
Le 24 avril 2024, dans le cadre de la politique de dérussification, de décommunisation et d’effacement des traces du passé impérial, la place reçut officiellement le nom de « place de l’Europe ».




La place de la Cathédrale (Soborna)



La place de la Cathédrale est l’une des places les plus célèbres et les plus belles de la ville. La « Soborka », comme l’appellent affectueusement les habitants d’Odesa, est devenue le centre culturel et religieux de la ville, reflétant toute sa richesse, ses contrastes, ses qualités et ses imperfections.
La place de la Cathédrale est située dans la partie centrale de la ville, au croisement des rues Preobrajenska, Sadova et Derybasivska. Au moment de la fondation de la Perle de la mer Noire, la « Soborka » constituait la place principale de la ville ; elle accueillait régulièrement de nombreuses festivités, tant civiles que religieuses.
Au cœur même de la place se dresse la cathédrale de la Transfiguration du Sauveur, construite en 1795, à laquelle la place doit son nom. La cathédrale, tout comme Odesa elle-même, connut un développement rapide. Au fil des décennies, une modeste église se transforma en l’une des plus vastes cathédrales de l’Empire russe, capable d’accueillir jusqu’à 12 000 fidèles.
Cependant, en 1936, la cathédrale fut entièrement détruite. À son emplacement furent aménagés des parterres de fleurs et une fontaine. Sa reconstruction ne commença que bien des années plus tard, en 1999, et elle est aujourd’hui entièrement restaurée.
Le 24 février 2022, l’agresseur russe lança une attaque de grande ampleur contre l’Ukraine. Depuis lors, Odesa est régulièrement la cible de frappes de missiles. En 2023, lors de l’une de ces attaques, la cathédrale fut gravement endommagée par l’impact direct d’un missile balistique et se retrouva pratiquement détruite.
Dans la partie nord de la place se trouve le monument à M. S. Vorontsov. Il fut inauguré le 8 novembre 1863. Le monument est l’œuvre de deux personnalités célèbres à Odesa et bien au-delà : le sculpteur munichois Ferdinand Brugger et l’architecte odessite Franz Boffo.
Aujourd’hui, la place de la Cathédrale est devenue un lieu de rencontre non seulement pour les fidèles, mais aussi pour les artistes. On y trouve le célèbre « marché des artistes », où chacun peut acheter des tableaux ou des objets artisanaux.




La place du Théâtre

La place située devant le Théâtre national académique d’opéra et de ballet d’Odesa est communément appelée « place du Théâtre ». Elle compte parmi les places les plus belles et les plus emblématiques de la ville. C’est un lieu très apprécié pour les promenades, les fêtes populaires, les rassemblements et les manifestations.

La place Grecque


L’histoire de la place Grecque remonte à l’époque de François de Volan, auteur du premier plan d’urbanisme d’Odesa. Suivant l’exemple des urbanistes de la Rome antique, il fut décidé de créer plusieurs centres indépendants de la vie urbaine, organisés autour de places de marché. La place Grecque était l’un de ces centres, avec la place Starobazarna (le Vieux Marché, appelé aussi le Marché libre) et la place Khersonska (le Nouveau Marché). Elle constituait également le cœur de la principale artère commerciale de la ville : les transports qui remontaient du port par la rue Havanna, traversaient la rue Derybasivska pour y accéder directement, puis rejoignaient, par la vaste avenue Oleksandrivsky, le Vieux Marché. Les idées de François de Volan furent mises en œuvre par les frères architectes Franz et Giovanni Frapolli. Les constructions débutèrent au début du XIXᵉ siècle et l’aspect définitif des galeries marchandes du marché grec fut achevé vers 1830.
La place était bordée de quatre ensembles de bâtiments divisés en vingt-cinq sections identiques de deux étages. Les galeries commerciales étaient ornées de portiques, de colonnades et d’arcades en pierre. Parmi les premiers bâtisseurs figuraient de célèbres familles de marchands grecs d’Odesa, telles que les Ioannopoulo, Serafino, Papakhadji, Ralli, ainsi que Grigori Marazli père.
L’immeuble situé au 27 de la rue Derybasivska, qui abritait la « Maison du Livre », tout comme la « Maison ronde » de Maïourov au centre de la place, à l’emplacement de l’actuel centre commercial « Athéna », furent construits plus tard. Plus tard encore, le célèbre marché Privoz, avec son « Passage des Fruits », exotique, multicolore et polyglotte, devint le principal marché d’Odesa. Auparavant, ce rôle était assuré par le marché de la place Grecque. On y trouvait de tout : du pain, des vins et des boissons jusqu’aux tableaux et aux violons. Au fil du temps, la place perdit progressivement son importance commerciale au profit du Privoz, du Nouveau Marché et du marché Starokinny. C’est également ici que fut aménagée l’une des premières stations du chemin de fer hippomobile urbain, la célèbre « konka », ancêtre du tramway.
À l’époque soviétique, la place, rebaptisée place Martynovsky, remplissait principalement le rôle d’un important nœud de transport où aboutissaient de nombreuses lignes de trolleybus et d’autobus.
De nos jours, la place a retrouvé son nom historique. Entièrement réaménagée, elle est devenue un espace de promenade et de détente, faisant en quelque sorte office d’entrée monumentale vers la rue piétonne Derybasivska. On y organise des concerts et des manifestations, parfois simultanément.
La « Maison ronde » a été reconstruite et transformée en un vaste centre commercial, « Athéna ». Il y a encore quelques années, la place accueillait également la célèbre « Knijka » d’Odesa, marché spécialisé dans les livres, les produits audio et vidéo, comparable à la célèbre « Petrivka » de Kyiv. Aujourd’hui, la « Knijka » a été transférée sur l’avenue des Héros d’Ukraine (jusqu’en 2024 – l’avenue Oleksandrivsky).



La place « Koulikove Pole »




L’une des plus vastes places historiques de la ville d’Odesa. Le Koulikove Pole apparut à Odesa au tout début de la seconde moitié du XIXᵉ siècle. À cette époque, cette immense esplanade située au-delà des limites du Porto-Franco, qui s’étendait alors de la rue Kanatna jusqu’au marché Privoz, lequel n’était encore qu’une extension du Vieux Marché, commença à être utilisée comme terrain d’exercice par les troupes cantonnées à proximité.
Cependant, ce terrain d’exercice ne reçut pas le nom de « Koulikove Pole » en référence à la tradition russe de baptiser les grandes plaines en mémoire de la victoire de Dmitri Donskoï sur les armées mongoles et tatares. À Odesa, l’origine du nom est beaucoup plus simple. Au début du XIXᵉ siècle, ces terres appartenaient à la famille des propriétaires terriens Koulikovsky. Les habitants les appelaient les « champs des Koulikovsky ». Avec le temps, cette appellation évolua naturellement vers le nom plus familier de « Koulikove Pole ». La famille Koulikovsky laissa également son empreinte dans l’histoire musicale d’Odesa. Elle possédait un orchestre composé de musiciens serfs, transmis de génération en génération. On sait notamment que l’orchestre de D. N. Ovsiannikov-Koulikovsky joua lors de l’inauguration du Théâtre municipal d’Odesa, aujourd’hui connu sous le nom de Théâtre d’Opéra.
En 1818, la douane municipale fut construite non loin du Koulikove Pole, puis, peu après, une prison fut édifiée à proximité immédiate de ce vaste terrain. Il s’agissait de la première prison d’Odesa. La présence de cet établissement pénitentiaire eut des conséquences tragiques pour la place : pendant plusieurs décennies, les condamnés exécutés y furent enterrés clandestinement, parmi lesquels se trouvaient de nombreux prisonniers politiques opposés au régime tsariste. Beaucoup de ceux qui étaient exécutés dans la cour de la prison furent ensevelis secrètement au Koulikove Pole. Nul ne sait combien de combattants célèbres ou anonymes pour la liberté et le bonheur du peuple reposent encore sous cette terre.
Les habitants d’Odesa évitaient cet endroit, estimant à juste titre qu’il était, pour le moins, contraire aux valeurs chrétiennes de défiler sur des tombes. C’est pourquoi on qualifiait alors la terre du Koulikove Pole de « terre maudite ».
La rue apparue à proximité de la prison reçut le nom de rue de la Prison (aujourd’hui rue Oleksandr Stankov), tandis que la place voisine fut appelée place de la Prison (aujourd’hui place de la Gare).
Peu à peu, au début du XXᵉ siècle, ce vaste terrain, le plus grand de la ville bien qu’encore peu aménagé, devint le lieu traditionnel des fêtes populaires. On y installait des attractions, des cirques chapiteaux où se produisaient des troupes itinérantes, des panoptiques présentant des figures de cire ainsi que des curiosités naturelles dignes d’un cabinet de curiosités. La place accueillait également les grandes fêtes populaires, telles que le Nouvel An, Noël ou Pâques, accompagnées de foires et de nombreuses attractions.
Après la révolution (le coup d’État d’Octobre), alors que les habitants d’Odesa n’avaient plus le cœur aux réjouissances, le Koulikove Pole retrouva sa triste réputation de fosse commune.
En janvier 1918, de violents combats opposèrent sur cette place les révolutionnaires aux haïdamaks et aux élèves-officiers. Les rafales de mitrailleuses, les salves de fusils, les cris et les victimes marquèrent profondément les lieux.
Le 17 (30) janvier 1918, le drapeau rouge fut hissé sur le bâtiment de la gare d’Odesa. Quatre jours plus tard, le 21 janvier 1918, les 119 victimes des trois jours de guerre civile furent inhumées dans une fosse commune au Koulikove Pole, qui fut dès lors rebaptisé place de la Révolution.
Le premier monument du Koulikove Pole fut inauguré en 1932, à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution d’Octobre (architecte A. Minkous). Il fut détruit par les autorités roumaines pendant l’occupation d’Odesa.
Après la Seconde Guerre mondiale, la place fut entièrement réaménagée. Le Koulikove Pole prit la forme d’un carré de 10,5 hectares, bordé de massifs de fleurs et de vastes pelouses. Aujourd’hui encore, les rangées d’épicéas bleus s’y distinguent particulièrement, entourées de platanes, de tilleuls et de chênes pyramidaux.
En 1959, l’« Allée de l’Amitié » y fut créée grâce aux arbres plantés par d’éminents visiteurs de la ville. L’un des premiers arbres fut planté le 29 juillet 1959 par Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, alors en visite à Odesa.
En 1967, à l’approche du cinquantième anniversaire du pouvoir soviétique, un monument à Vladimir Lénine, réalisé par le sculpteur Matveï Guenrikhovitch Manizer, fut érigé au centre de la place. Il fut démantelé après l’indépendance de l’Ukraine.
Dans les années 1990, les autorités municipales décidèrent de renouer avec une tradition vieille d’un siècle en redonnant au Koulikove Pole son rôle de lieu de fêtes populaires. On y organisait des fêtes pour les enfants, des concours de dessins à la craie sur l’asphalte, des séances d’échecs simultanées, des tournois, des discothèques pour la jeunesse, des concerts d’artistes populaires accompagnés de feux d’artifice et d’autres animations devenues familières de nos jours. La place accueillait également des rassemblements politiques de différents partis ainsi que des défilés militaires de la garnison. Cette situation perdura jusqu’aux événements tragiques du 2 mai 2014.
Ancienne périphérie de la ville, le Koulikove Pole est depuis longtemps devenu le centre géographique d’Odesa, d’où partent les voies de communication vers tous les quartiers éloignés de la ville.



La place du Vieux Marché (Starobazarna)




La place du Vieux Marché, où se trouvait il y a un siècle le marché animé d’Odesa, s’est formée bien avant la création du célèbre marché Privoz, si cher aux habitants de la ville. De son ancien ensemble architectural, il ne subsiste aujourd’hui que très peu de vestiges. Les anciens habitants d’Odesa, évoquant leurs souvenirs d’enfance, se rappellent une vieille tour de l’horloge qui semblait surgir d’un bâtiment ancien, trapu et déjà à moitié en ruines, où se trouvait autrefois le pavillon central du Vieux Marché.
Le nom de « Vieux Marché », bien que largement utilisé, n’est pas tout à fait exact, car le tout premier marché de l’histoire d’Odesa se trouvait sur l’actuelle place Grecque. L’élégante tour rappelait de loin un campanile italien, puisque l’ensemble architectural de la place du Vieux Marché fut entièrement conçu par l’architecte italien Giorgio Torricelli, qui travaillait à Odesa en 1832. La nécessité de créer un nouvel ensemble architectural pour cette place résultait de l’augmentation constante de l’activité commerciale de la ville. Dès 1820, le Vieux Marché devint une sorte de point central de l’avenue Oleksandrivsky (depuis 2024 – l’avenue des Héros d’Ukraine), reliant deux autres grands marchés d’Odesa : le marché Grec et le marché Privoz, qui se trouvait alors presque à la périphérie de la capitale du Sud.
Afin d’augmenter le nombre d’emplacements commerciaux sur la place du Vieux Marché, les gouverneurs de la ville d’Odesa décidèrent de créer de nouvelles halles marchandes et organisèrent un concours pour leur conception, remporté par Giorgio Torricelli. C’est ainsi qu’apparut sur la carte d’Odesa le majestueux bâtiment central du marché, dont la façade était ornée de magnifiques colonnes doriques sur tout son pourtour. À l’intérieur, les galeries commerciales étaient bordées de bâtiments de deux étages reliés au pavillon central par de puissantes colonnes et d’élégantes arcades, formant un vaste ensemble architectural. Bien que l’aspect de la place ait profondément changé et ne rappelle plus aujourd’hui l’ancien marché, quelques fragments de colonnes ont été conservés, permettant aux habitants actuels d’imaginer la beauté de l’édifice d’origine.
Le développement rapide d’Odesa et son expansion, peu après l’instauration du régime de porto-franco, entraînèrent une forte augmentation des échanges commerciaux. En raison de l’exiguïté de son territoire, le Vieux Marché ne pouvait plus accueillir tous les commerçants, et le marché Privoz prit progressivement la place dominante dans l’économie de la capitale du Sud. Situé à la périphérie, il disposait d’un vaste espace qui pouvait être agrandi sans aucune contrainte. Au-delà du marché, à travers un terrain vague, s’étendait déjà la banlieue d’Odesa, Moldavanka. Malgré cela, la place du Vieux Marché continua de prospérer, ses halles et son marché restant en activité jusqu’à la révolution de 1917.
La période du communisme de guerre fut fatale à cette ancienne place et à son remarquable ensemble architectural. Tous les magasins et boutiques privés furent supprimés, sans qu’aucun nouveau commerce ne voie le jour, ni durant cette période difficile pour Odesa, ni sous le socialisme développé, ni même par la suite.
La place du Vieux Marché perdit non seulement sa fonction commerciale, mais également son nom historique lorsqu’elle fut rebaptisée square Kirov. Les élégants bâtiments à colonnades qui entouraient la place furent transformés en logements collectifs, divisés en célèbres appartements communautaires d’Odesa, abondamment évoqués dans les feuilletons satiriques. Les colonnes doriques furent progressivement détruites, tandis que des fenêtres et de petites portes furent percées entre les arcades. La tour de l’horloge dominait encore l’ensemble architectural de la place, mais son horloge s’était arrêtée depuis longtemps, ne subsistant plus que comme le témoin silencieux de son ancien éclat.
Le chef-d’œuvre de Torricelli demeura debout jusqu’au début des années 1950. La tour était alors à moitié détruite, gravement endommagée par un obus qui l’avait frappée durant la Seconde Guerre mondiale. Les autorités soviétiques, qui ne se préoccupaient guère de la préservation du patrimoine architectural de cette magnifique ville maritime, décidèrent non pas de la restaurer, mais de la démolir. Le bâtiment central des halles tomba progressivement en ruine, effaçant définitivement l’originalité architecturale de la place. Un jardin public fut aménagé en son centre, où il était prévu d’ériger un monument à Sergueï Kirov, dont la place portait désormais le nom. Heureusement pour les anciens habitants de la capitale du Sud, ce projet ne fut jamais réalisé.
Aujourd’hui, au centre du square du Vieux Marché — c’est désormais ainsi qu’il est officiellement appelé — se dresse un monument dédié à l’ataman Anton Holovaty, qui commandait autrefois la « flottille cosaque » créée par le comte Potemkine. Cet imposant monument, particulièrement apprécié des adolescents qui l’utilisent pour faire du roller et du skateboard, fut inauguré le 2 septembre 1999, à l’occasion de la fête de la ville d’Odesa. La statue d’Anton Holovaty ainsi que les autres éléments du monument furent réalisés directement en grandeur nature par le maître sculpteur Oleksandr Tokarev, qui en fit couler les différentes parties en bronze. L’originalité de la composition, dont la figure centrale représente l’ataman tenant les rênes de son cheval dans une attitude méditative, est renforcée par la silhouette d’un ange qui semble planer au-dessus de l’ensemble monumental. Aux pieds de l’ataman est gravée, dans un cercle, une carte de l’Ukraine où se distinguent particulièrement le littoral de la mer Noire et le majestueux Dnipro serpentant à travers le pays. L’une des stèles du monument représente Odesa, l’autre Zaporijjia, soulignant ainsi les liens historiques entre les deux villes et la continuité de l’histoire ukrainienne.
L’ensemble de la place du Vieux Marché, devenue aujourd’hui un square, continue d’évoluer. De nouveaux immeubles modernes sont construits tout autour ; au centre du parc ont été aménagés un kiosque d’eau potable, des balançoires et des aires de jeux pour enfants, un magasin de fleurs, un restaurant ainsi qu’un petit terrain de football qui, heureusement, reste peu visible depuis le cœur du square. Le site est également marqué par le croisement de deux rues d’Odesa : la rue Bazarna et l’avenue des Héros d’Ukraine.





La place de la Gare (Privokzalna)

Dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, une immense esplanade située au-delà des limites du porto-franco, qui s’étendait alors de la rue Kanatna jusqu’au marché Privoz, lequel n’était encore qu’une extension du Vieux Marché, fut utilisée comme terrain d’exercice par les troupes cantonnées à proximité. Avec le temps, elle prit le nom de Koulikove Pole.
Le développement de ce quartier est étroitement lié à l’apparition du chemin de fer à Odesa. Dès le guide-annuaire d’Odesa de 1867 est mentionnée la gare terminus « Koulikove Pole », d’où les trains en direction de Balta et d’Olviopol (aujourd’hui Pervomaïsk) rejoignaient en dix minutes la gare « Odesa » (la Grande Gare, aujourd’hui Odesa-Tovarna), avant de poursuivre leur trajet. La construction du vaste bâtiment de la gare des voyageurs transforma profondément et embellit ce secteur. Cet imposant édifice, désigné dans les documents officiels comme le « bâtiment voyageurs de Koulikove Pole », fut construit de 1879 à 1883 selon le projet primé de l’architecte pétersbourgeois Viktor Schröter, sous la direction de l’architecte odessite Oleksandr Bernardazzi. La gare occupa une grande partie du vaste Koulikove Pole et le divisa en trois places : le Koulikove Pole dans ses dimensions actuelles, la place Sinna, attenante au marché Privoz, et la place de la Gare (anciennement place de la Prison), aménagée un peu plus tard. Les « places au foin » étaient traditionnellement des marchés où l’on vendait le fourrage. Ainsi, la place Sinna, dans ses dimensions actuelles, servit longtemps de prolongement du marché Privoz, où, à la fin du XIXᵉ siècle, le commerce se faisait directement « depuis les charrettes ». La place de la Gare prit son aspect monumental après la construction, en 1894-1895, du prestigieux bâtiment des institutions judiciaires, œuvre de l’architecte N. K. Tolvinsky (aujourd’hui siège de l’Administration des chemins de fer d’Odesa), puis, en 1899, du bâtiment du conseil du zemstvo, édifié par le même architecte de l’autre côté de la gare, sur l’emplacement de l’ancienne prison (aujourd’hui une division des chemins de fer d’Odesa). Le centre de la place était agrémenté d’un agréable jardin public avec une fontaine. Devant le bâtiment des institutions judiciaires se trouvait le terminus du tramway hippomobile à partir de 1880, puis, dès l’année suivante, celui du tramway à vapeur reliant le Koulikove Pole au Grand Fontaine. En sifflant et en laissant derrière lui un nuage de fumée, la locomotive tractait ses voitures et conduisait les habitants d’Odesa vers les villas et les établissements de bains. Plus tard, la locomotive à vapeur fut remplacée par le tramway électrique. C’est également à cette époque que fut construit, d’après les plans de l’architecte A. Minkous, le pavillon de la station centrale des tramways du Koulikove Pole, à l’angle de la rue Kanatna et du boulevard Italien (aujourd’hui transformé en pressing). Depuis lors, le terminus du tramway vers le Grand Fontaine y est installé. En souvenir de ces petites locomotives à vapeur, la toponymie de la ville a conservé les noms des arrêts, encore appelés aujourd’hui « stations » et numérotés en conséquence, ainsi que la célèbre chanson « Sept quarante », liée à leurs horaires. Le petit train à vapeur contournait le Koulikove Pole en suivant le boulevard Italien puis la rue Kanatna, avant de poursuivre son itinéraire en desservant les mêmes « stations » que l’actuelle ligne de tramway n° 18.

La place Starosinna

La place Starosinna, avec sa boucle de tramway, est l’une des plus anciennes places de la ville. Autrefois, les paysans y vendaient directement depuis leurs charrettes des produits agricoles et du bétail. On y trouve également le seul héritage conservé du sculpteur napolitain Giuseppe Mormone : une composition représentant deux lions qui encadrent l’entrée du jardin public. Selon la légende, le sculpteur fit installer une cage contenant un véritable lion sur la place pendant qu’il réalisait les statues en pierre, afin de pouvoir s’en inspirer. Les habitants d’Odesa venaient alors en foule admirer le travail du maître italien.
De 1923 à 1995, le lieu porta le nom de square du Neuf Janvier.
Depuis 1995, il porte de nouveau les noms de square Starosinny et de place Starosinna.
